Fin septembre est sorti dans les salles obscures, un film dont les nombreux geek qui parcourent ce blog ont probablement déjà entendu parlé. Il est en effet difficile d'échapper ces dernières semaines au marketing viral savamment orchestré par la Metropolitan Film Export autour de District 9. Teasers, bande annonces, sites web, affiches dans les grandes villes, la couverture publicitaire n'a rien à envier à tout Blockbuster réglé au millimètre comme sait si bien nous en fournir l'oncle Samuel.
Largement affiché, le nom du producteur sert d'argument coup de poing : Peter Jackson, brillant réalisateur adulé de ses débuts dans le cinéma gore aux cartons internationaux. Reconverti dans la production, histoire de garnir un emploi du temps surement déjà bien chargé par l'adaptation avec Spielberg de Tintin, le père Jackson nous présente son dernier petit protégé : Neil Blomkamp.
Neil qui ? Blomkamp. Illustre inconnu, dont District 9 (D9 pour les intimes) est le premier long métrage. Premier long métrage certes, mais son nom n'est pas totalement inconnu dans le milieu de l'audiovisuel. S'étant fait remarqué par des publicités (notamment celle pour une voiture qui se transforme en robot et danse sur des rythmes technoïdes pour une célèbre marque française aux chevrons ), il fut en effet propulsé sur le devant de la scène en étant ni plus ni moins mis au commandes par Peter Jackson de l'adaptation en film de la franchise de jeux vidéo Halo.
Son jeune âge à l'époque (26 ans !),couplé à l'absence d'expérience sur les longs métrages malgré un parrain de luxe, eurent donc raison de son implication et du projet. Pas démotivé pour autant, Jackson proposa donc à Blomkamp de produire son premier long, lui donnant carte blanche de A à Z. L'occasion rêvé pour le môme du cinéma d'adapter sur grand écran un des ses courts métrage d'étude : Alive in Joburg. Cette adaptation est bien évidemment District 9.
Il y a vingt-huit ans, des extraterrestres entrèrent en contact avec la Terre...Ces visiteurs d'au-delà des étoiles étaient des réfugiés et furent installés dans le District 9, en Afrique du Sud, pendant que les nations du monde se querellaient pour savoir quoi en faire...Depuis, la gestion de la situation a été transférée au MNU (Multi-National United), une société privée qui n'a pas grand-chose à faire du sort de ces créatures, mais qui fera d'énormes bénéfices si elle arrive à faire fonctionner leur extraordinaire armement. Jusqu'à présent, toutes les tentatives ont échoué : pour que les armes marchent, il faut de l'ADN extraterrestre. La tension entre extraterrestres et humains atteint son maximum lorsque le MNU commence à évacuer les non-humains du District 9 vers un nouveau camp, en envoyant des agents de terrain s'occuper de leur transfert....
Pour le blockbuster qu'il est, et malgré son petit budget (30 Millions de dollars, soit 100 fois moins qu'un Spiderman 3 à titre d'exemple), D9 en jette. Les scènes d'actions crèvent l'écran et les fX prouvent encore une fois le talent incroyable des équipes de Weta Workshop. On en prend pleins les yeux, et de plus en plus à mesure que le film avance, au risque de tomber par moment dans la surenchère.
De surcroît pas radins en référence vidéoludique, le film regorge de clins d'oeil à Half Life, Halo, la japanim ; peut être par provocation envers ces studios qui se frottent aujourd'hui les mains en voyant les recettes engrangés mais qui étaient si frileux à l'idée de confier le projet Halo au jeune Neil ?
En tout cas, Blomkamp fait très fort, et malgré son jeune âge, il fait déjà preuve d'une maitrise et d'une maturité hallucinante. Et là où le jeune Sud Africain étonne et étale cette maturité, c'est en mâtinant ce film de science fiction bourrin d'un couche, beaucoup plus fine, de revendication politico/sociale, à la manière des Romero et Carpenter des grands jours.
Ainsi, une des premières choses qui frappent dans District 9, c'est le montage, mélange de scènes documentaires et cinématographiques. Le but n'est pas anodin : apporter un réalisme nécessaire à l'identification du spectateur avec les protagonistes de l'histoire, apporter une résonance bien plus réelle à ce récit de science fiction. Au delà du simple divertissement, District 9, à l'image d'un de ses "héros", se tranforme, et devient un film incroyablement malin, et même, un portrait très acerbe de nos sociétés et politiques modernes.
Le choix de placer l'action en Afrique du Sud, pays d'origine du réalisateur, est déjà un geste fort : il transforme les conflits raciaux du film en illustration d'un apartheid pas totalement aboli. Plus le film avance, et plus notre race humain apparaît sous un jour pitoyable et haineux : privilégiant toujours nos intérêts personnels, peureux et haineux envers l'étranger, l'inconnu.
Tout le contraire des extras terrestres, au look de crevette et d'aspect belliqueux, qui deviennent à mesure que l'histoire progresse, de plus en plus humain, jusqu'au plan final ou l'inversion de rôle est totale, on ne s'émeut plus pour les humains, mais pour les "crevettes". Merci encore aux équipe de Weta pour le travail sur le design et l'animation des créature, sans quoi le film aurait directement fini au rayon des séries Z ....
Vous l'aurez donc compris, District 9 est une excellente surprise, un film de science fiction qui réussit les tours de force d'être à la fois bourrin mais tellement subtil dans ses relectures, fictif mais tellement réel, pas cher mais tellement rentable. Certains reprocheront des passages versant un peu trop dans la surenchère ou le mielleux, les autres se contenteront du côté jouissif des armes extra terrestres, le tout en ayant bonne conscience car ayant vu un film distrayant ET intelligent. Et quand en plus, il s'agit du premier film d'un jeune réal., alors là .... C'est la classe !
(John Wayne dans le rôle de George Abitbol : l'illustration innée de la classe)
Ah oui, culte à ce point. Problème d'affichage des images chez moi par contre...
RépondreSupprimerJe n'irais pas jusqu'à le classer dans mes films cultes, mais je penses qu'il a le potentiel pour le devenir pour pas mal de gens :)
RépondreSupprimerUn des grands films de cette année, même si beaucoup de critiques négatives qui avaient un peu entaché mon enthousiasme...
RépondreSupprimerJe pense que ses détracteurs ne sont vraiment pas fans de SF ou n'ont pas la même culture que le réal. Peu importe, il ne s'adressait pas à eux, et moi j'ai joui! : ]